« Jeune et fauchée » Florence Dupré la Tour

Jeune et fauchée : argent, combien tu m’aimes ?

Florence Dupré La Tour a vécu dans une famille nombreuse et bourgeoise. Voilà pour l’image. Mais derrière le vernis, l’argent est rationné. Père taiseux et occupé par son travail (croyait-elle!), mère dépressive et accaparée par les tâches familiales : on fait tableau plus épanoui. 

Jeune et fauchée – Florence Dupré la Tour – Dargaud/ Charivari

A 17 ans, avec sa jumelle, les envies de sortie sont plus fréquentes. Mais l’argent est rationné. Adhérer aux valeurs familiales et à l’idéologie chrétienne ne faisait pas vraiment partie des envies de l’autrice. Aussi, elle dût trouver d’autres solutions pour vivre sa vie à peu près comme elle l’entendait. 

Les difficultés financières sont devenues son quotidien. Enceinte une fois, puis deux alors même que sa situation économique allait de mal en pis, elle espérait l’aide de ses parents tout en restant dans une sorte de déférence paralysante. Son compagnon n’était pas plus soutenant que ses parents (comme c’est étonnant), elle dût donc trouver des solutions – plus ou moins pérennes – pour assurer le loyer, les repas et tout le reste.

Obsession

Sa BD raconte donc ce que les galères d’argent font au quotidien sur les individus : obsession, débrouille, honte, rétrécissement des désirs, retrait social. Il faut trouver de l’argent, en économiser partout où c’est possible, trouver les moindres ficelles permettant de ne pas sombrer plus encore.

Honte

C’est aussi voir son logement se dégrader et ne rien pouvoir faire pour l’entretenir, lire la honte dans le regard des ses fils qui ne veulent inviter personne chez eux. Combien de patients une fois adultes m’ont dit en séance qu’ils « savaient » qu’il ne fallait pas inviter d’amis chez eux. Ne pas montrer son intérieur qui ne peut accueillir décemment dans un salon où il n’y a pas de canapé par exemple, dans un appartement qui n’est pas chauffé ou dans une maison dont les travaux sont au point mort et où il n’y a pas de porte dans la salle de bain ou les toilettes.

Retrait social et rétrécissement des désirs

Equation impossible dans une économie capitaliste : sortir de la pulsion d’accumulation alors que le discours nous incite à désirer toujours plus tout en étant dans la nécessité de gagner plus d’argent pour assurer sa subsistance et celle de ses enfants. Equation d’autant plus impossible qu’il s’agit de maintenir ou de faire revivre son propre désir, d’y croire suffisamment en tout cas, afin de sortir de la précarité. Ne pas céder sur son désir – dessiner pour Florence Dupré la Tour – tout en tenant à distance le discours capitaliste qui nous aliène à coups de stimuli insipides.

Angoisse

L’angoisse l’assaille mais c’est bien dans l’écoute de son désir le plus profond qu’elle a pu puiser la capacité à mener sa vie comme elle l’entendait, sans attendre l’argent de ses parents qui étaient occupés à bien d’autres choses comme elle le découvrit plus tard alors que ses années de galère étaient terminées.

Jeune et fauchée
Florence Dupré la Tour
Argent
Caroline Bernard – 6 rue Guépin – Nantes

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