|

Eco-anxiété : climat, émotions et libertés

Quant l’éco-anxiété s’invite dans le quotidien (Nuit blanche des chercheurs / Stereolux)

« Climat, émotions et libertés : construire de nouveaux imaginaires » – conférence d’Hélène Jalin et Sabrina Robert à Stereolux pour la 10e Nuit blanche des chercheurs de l’université de Nantes : hier soir se tenait la 10e édition de la Nuit blanche des chercheurs de l’université de Nantes. Le beau thème de « résistance » a attiré la foule dans la salle de Stereolux.

Le hall de Stereolux jeudi soir avant la conférence sur l'éco-anxiété
Eco-anxiété au programme à Stereolux

L’une des conférences a retenu mon attention : « Climat, émotions et libertés : construire de nouveaux imaginaires ». La journaliste Nora Hamadi, plus habituée des matinales que des soirées actuellement, organisait les discussions entre la salle et les chercheuses Sabrina Robert, professeur de droit public, et Hélène Jalin, psychologue clinicienne et chercheuse.

La problématique de l’eco-anxiété s’invite régulièrement en séances, de manière frontale ou plus latente. Cette discussion était l’occasion d’écouter des chercheuses spécialistes du sujet. Le débat a débuté par une question adressée d’abord à Hélène Jalin : pourquoi est-ce si difficile de changer ? Nos habitudes si fortement ancrées, notre attachement au fonctionnement de notre groupe familial, social, nos appartenances culturelles : tous ces éléments qui nous font nous reconnaître entre pairs nous rattachent à des fonctionnements qu’il est parfois difficile de quitter selon la chercheuse.

J’ajoute à cela que s’il nous est si difficile de changer nos habitudes c’est bien parce que nous sommes rattachés à nos proches y compris par nos pratiques et que les modifier nous fait craindre de perdre leur amour. 

Sabrina Robert est venue rappeler que ce qui existe dans les lois actuellement n’est pas immuable et que nos modes de consommation ne sont pas toujours des libertés fondamentales. Ainsi, le droit de voyager n’est pas le même selon que l’on vient du Nord ou du Sud de la planète, tout comme le droit de rester chez soi ne va justement pas de soi si le dérèglement climatique a déjà rendu la vie impossible.

Ce qui se joue actuellement c’est donc bien la perte de toutes les possibilités pour les Occidentaux aux moyens financiers conséquents. Tout avoir et tout faire selon son désir n’est donc plus ni souhaitable écologiquement ni faisable du point de vue de la responsabilité citoyenne. L’idéal de justice sociale est donc à renforcer car c’est bien l’enjeu qui sous-tend les changements à opérer. La liberté de vivre dans un environnement sain et équilibré est essentielle et peut, elle, ouvrir à de nouveaux imaginaires.

Hélène Jalin, Sabrina Robert et Nora Hamadi à Stereolux jeudi soir pour la 10e Nuit blanche des chercheurs de l’université de Nantes
Inciter les individus à changer ? 

Si l’action individuelle est nécessaire dans la lutte contre le dérèglement climatique, elle se révèle aussi insuffisante. Elle charrie avec elle des effets du culpabilité mais aussi des réactions de défense, de déni et de concurrence qui peuvent générer des processus incontrôlables. Il est donc injuste et contre-productif, comme l’a rappelé Hélène Jalin, de faire reposer seulement sur les individus la responsabilité du changement. La volonté politique est donc nécessaire selon Sabrina Robert afin que le droit aille vers plus de solidarité et de justice, et ce même si les décisions sont lentes et contestées. 

Eco-anxiété chez l’humain et droit de la nature 

Une partie de la salle (bondée) s’est avouée éco-anxieuse ce qui a ouvert la discussion sur les actions possibles à l’échelle  individuelle ou collective et a permis à Sabrina Robert d’élaborer autour du droit environnemental profondément anthropocentré mais qui permet depuis plusieurs décennies de construire de nouveaux imaginaires entre l’homme et la nature. Le public a immédiatement fait le lien entre l’eco-anxiété ressentie et la montée du fascisme dans une atmosphère d’écroulement global.

La destruction collective de notre habitat provoque donc une angoisse rationnelle, à la différence des angoisses qui affleurent le plus souvent en séance. Les recherches d’Hélène Jalin ont montré que les individus éco-anxieux étaient aussi ceux qui disposaient des capacités psychiques à encaisser la réalité actuelle. Ce sont donc bien ces personnes qui peuvent agir en conséquence car leurs émotions sont des vecteurs d’action. L’éco-anxiété peut donc devenir un moteur à condition de s’entourer de proches. C’est surtout quand les émotions liées au changement climatique ne peuvent pas se dire que l’éco-anxiété flambe et terrorise les individus. 

There is no alternative, vraiment ?

Il y a donc des modes de vie et des imaginaires possibles afin de construire un monde plus vivable. Si les intérêts financiers à ne pas bouger sont conséquents, les individus agissent, résistent et inventent tous les jours. 45 minutes pour penser de nouveaux imaginaires dans un monde en plein bouleversement climatique, c’était à la fois vivifiant et trop peu, mais surtout une invitation à poursuivre les actions.

Et qui a fait rire la salle juste avant la fin ? La psychologue évidemment ! Par une phrase juste et empreinte d’humour noir : « Moi je suis psychologue, donc je ne peux pas être joyeuse tout le temps. »

Chroniques à découvrir