Peindre, vivre et rêver sous la pluie
Magnifique exposition au musée d’art de Nantes dont le programme « peindre, vivre et rêver sous la pluie » offre la promesse d’une poésie
Les peintres et photographes s’y sont frottés, ils ont cherché à montrer ce qui est transparent mais qui cache la lumière alors que celle-ci est essentielle pour capter l’instant sous le pinceau et sur la pellicule.
Alors qu’elle est attendue lorsqu’elle se fait rare et engendre des inquiétudes quand les nappes phréatiques sont insuffisamment remplies, la pluie joue aussi sur l’humeur quand elle tombe quasiment sans discontinuer, rendant les déplacements plus compliqués, les inondations dévastatrices comme actuellement et contraignant les corps (plus souvent malades d’ailleurs). Quand la lumière manque, les individus peinent dans leur quotidien.
Comme un clin d’œil à la période, j’ai donc visité l’exposition du musée d’art de Nantes en plein mois de Pluviôse comme disaient les révolutionnaires. L’exposition fait la part belle aux expérimentations des peintres autour des nuages et plus tard des parapluies.
Le parcours offre au visiteur la possibilité de voir au sec les lieux qu’il se hâte de quitter quand il pleut, marchant courbé pour mieux se protéger du vent et de la pluie. La vue du Pont Pirmil à Nantes vers 1830 réalisée par Turner est à cet égard emblématique : nuages s’amoncelant au-dessus de la Loire et pluie qui chasse. L’averse localisée donne à voir le contraste entre la lumière vive et l’ombre qui s’installe sur le pont.

La fascination pour les parapluies pliants est manifeste dans l’exposition. Créé par Jean Marius en 1705, il devient un motif fréquent dans les œuvres picturales des XIXe et XXe siècles. Giuseppe Palizzi avec L’averse qui montre les corps pliés des quatre cavaliers luttant pour maintenir leurs parapluies ouverts , Gustave Caillebotte avec sa Rue de Paris, temps de pluie qui raconte plutôt la déambulation bourgeoise dans Paris, Camille Pissaro avec La place du Havre, effet de pluie , Théophile Alexandre Steinlen avec son magnifique Trottin sous la pluie ou encore Leonetto Cappiello pour les parapluies Revel s’y sont frottés.
Palimpseste

Une œuvre de François Kollar a retenu mon attention. Ce montage photographique en noir et blanc superpose la pluie sur le modèle – posant de trois-quart protégé par un grand parapluie rayé – et joue des contrastes. Motifs du parapluie et traits de pluie ne se confondent pas mais se répondent. La superposition à l’œuvre dans ce montage devient une sorte d’allégorie de nos existences. Nous sommes faits de strates différentes qui s’agencent plus ou moins bien selon les périodes. Nous nous agrippons à ce qui nous protège, en oubliant parfois que l’extérieur n’est pas aussi dangereux que ce que nos croyances ont construit. La poésie qui se dégage de cette image fait oublier qu’il s’agissait en 1940 d’une publicité. Le parcours de François Kollar passé de la Slovaquie à la France, employé des chemins de fer, puis tourneur sur métaux et enfin photographe n’est peut-être pas étranger à cette impression de palimpseste.
Ceci n’est pas une photographie
Les recherches picturales depuis les années 1970 témoignent du désir de déconstruction-reconstruction des artistes dans leurs recherches picturales, David Hockney, Anna-Eva Bergman, Hans Hartung notamment.
La merveille de Zhu Hong plonge le spectateur dans l’incrédulité et dans les souvenirs d’enfance. Comment ça ce n’est pas une photographie ? Ainsi l’aquarelle et les crayons de couleur peuvent faire illusion et faire ressurgir les souvenirs d’ennui des trajets trop longs par temps pluvieux. Il en est de la peinture comme de la psychothérapie, c’est souvent un détail qui fait ressurgir un souvenir.

