Derrière les arbres – Frédéric Pommier : les petits garçons aussi
Attention ce texte traite des violences sexuelles sur les enfants.

Frédéric Pommier, journaliste à France Inter, s’est cru mort pendant des années. Il vivait pourtant mais avec la certitude qu’une part de lui, tapie quelque part, était morte. Il ne comprenait pas ce ressenti, vivait avec, mais vivait plutôt mal quand même.
Suite à une agression subie dans sa cage d’escalier alors qu’il est adulte et qui aurait pu lui être fatale mais où il s’est défendu (avec une certaine inconscience vue la dangerosité de l’agresseur), ses nuits deviennent franchement angoissantes. Elles se peuplent de cauchemars, de visions incompréhensibles, de terreurs nocturnes. Face aux multiples signes, il tire le fil de son histoire. Il y fait face et sort progressivement d’amnésie.
Disséquer ce que la pédocriminalité fait à un enfant
Le récit que livre le journaliste dans Derrière les arbres ne part pas de là. Il choisit de faire un récit chronologique de sa vie. Cette fameuse chronologie toujours si difficile à reconstituer en thérapie ou en analyse. Reconstituer la succession des événements, retrouver les dates, douter de l’existence d’un fait et le retrouver très lentement, Frédéric Pommier nous l’épargne. Ce faisant il offre un récit brut et chronologique de son enfance où les agressions sexuelles et viols se suivent sans que son entourage ni même lui ne comprenne ce qu’il se passe, malgré les signes d’un mal-être persistant que sa mère perçoit par exemple mais qu’elle ne comprend pas complètement.
Les cent premières pages sont donc très difficiles à lire, à l’image des séances où les patients plongent dans leurs souvenirs traumatiques et en ressortent sonnés. Il n’est pas rare qu’ils me disent la semaine d’après qu’ils comprennent pourquoi les séances ne sont pas trop longues ou pourquoi j’avais tiqué lorsqu’ils avaient parlé lors de leur première séance de « thérapie douce » ou de « développement personnel ».
Passées ces quelques dizaines de page, son récit se centre sur ses tentatives de « sortir de la nuit ». Découvrir la littérature, la nuit, la sexualité, l’amour… le tout teinté de conduites à risque et d’angoisse.
Le « choix » de l’homosexualité
Comme nombre d’anciennes victimes, Frédéric Pommier mène d’abord sa vie en se conformant. Il tente d’être le plus « normal » possible, faire tout comme les autres sans questionner sa vie d’hétérosexuel qui ne semble pas lui convenir.
Faire face à son passé lui permet progressivement de ne pas renier son désir homosexuel. Il fait donc le choix de ne plus le taire et de ne pas le vivre de manière clandestine. Son courage est là. L’assumer, le vivre, le dire. Il ne choisit donc pas ce qu’il préfère – on ne choisit pas une pratique sexuelle comme un menu au restaurant – mais il choisit de ne plus se mentir. C’est là que réside le choix. Sa parole pleine peut alors porter.
Justice ?
Son parcours d’homme désirant se fait parallèlement à ses questionnements sur le fait de porter plainte ou non contre un de ses agresseurs. La lourdeur d’une procédure en justice ne le rebute finalement pas mais c’est la prescription qui vient doucher son espoir d’obtenir justice. Son agresseur nie. Frédéric Pommier doit donc puiser dans ses ressources psychiques pour continuer d’avancer.
Son récit a le mérite de jeter une lumière crue sur les violence sexuelles dont sont aussi victimes les petits garçons et force la société à ne pas détourner le regard de la cause enfantiste.

