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Olivier Bourdeaut – Une histoire d’amour et de violence

Que retenir de son père fou ? Que raconter d’une enfance à côtoyer la folie de son père ? Comment faire face à sa propre paternité quand l’héritage est celui de la violence imprévisible et destructrice ?

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Une histoire d’amour et de violence – Olivier Bourdeaut – Gallimard 2026

Olivier Bourdeaut a grandi à Nantes dans une famille nombreuse et recomposée. Las de passer sa vie à la rater, l’écriture d’En attendant Bojangles (2016) lui ouvre la vie dont il rêve à 30 ans passés. Au même moment, son père décède. Succès et deuil viennent se télescoper. 

Une histoire de violence 

La maladie mentale était omniprésente dans son premier roman et courait sans toujours le dire dans Florida (2021). Dans son dernier livre, Une histoire d’amour et de violence (2026), point de détour : son père fait régner la terreur sur sa famille, fume, boit, frappe. Se détruire et détruire ses proches, voilà pour le programme.

L’auteur le raconte comme une histoire banale puisqu’il s’agit de son enfance et qu’il n’en a pas connue d’autre. La vie à Nantes ou les vacances en Espagne sont rythmées par les éructations du père, la moindre demande ou la plus petite désobéissance est sujette aux coups. Et c’est toujours le père qui décide.

A 9 ans, Olivier découvre dans un kiosque espagnol un magazine dont « la couverture présente deux femmes nues allongées sur une Lamborghini jaune ». Happé par la photo, il veut ouvrir le magazine mais sait qu’il ne doit pas. Hésitant d’abord, il y plonge finalement « lorsqu’une énorme gifle » assénée par son père le fait sortir de sa torpeur. Il sait alors qu’il « doit » être corrigé.

C’est dans ce genre de moment que la perversité de Pierre s’exprime à plein : « Alors je me mets à genoux tout seul, je glisse mes bras derrière le dos et je regarde mon père dans les yeux en lui intimant l’ordre de me punir. Je pleure d’avoir si mal agi. Je le supplie. Vas-y s’il te plaît. Je le mérite. Il est sidéré, perdu, son regard passe de la menace au trouble. Il se redresse, m’embrasse sur le front et, en posant sa main sur mon épaule, me dirige vers la sortie. » (p. 111).

La violence contre ses enfants certes mais pas en public. Paraître respectable avant tout semble être plus important que l’être puisque les coups pleuvent une fois dans le huis clos familial. Olivier Bourdeaut note d’ailleurs dès les premières pages de son livre que ces mots « À genoux les mains derrière le dos » a été la première phrase de son premier manuscrit. C’est dire la fréquence de la violence paternelle. 

Une histoire d’amour ?

L’auteur a rêvé la mort de son père chaque soir de sa jeunesse, il a même « mille fois rêvé de le tuer » avant de s’endormir. Mais il l’aime quand même et n’apprécie pas trop que d’autres disent du mal de lui. Ses frères et sœurs en ont le droit mais les personnes plus éloignées beaucoup moins. 

Est-ce de l’amour qu’il porte à son père ? Un amour bien étrange qui ne ressemble à aucun autre peut-être. La lecture de son livre donne davantage l’impression qu’il a compris d’où venait son père. Il décortique patiemment les raisons probables de la psychopathie paternelle et cela lui permet d’entrer de nouveau en relation avec lui. Mais l’amour peine à émerger de son récit pour les lecteurs. 

Il en a conscience puisqu’il écrit que lui comme ses frères et sœurs sont plus heureux depuis que leur père n’est plus. 

Continuum de la violence ?

Olivier Bourdeaut est très vite devenu violent. Frapper, tabasser, humilier était devenu son quotidien et sa normalité. Enfant déjà et jusqu’à l’âge adulte c’est ainsi qu’il mène sa vie. Il travaille à rater sa vie avec constance dans tous les domaines. Ses relations intimes comme l’écriture n’avancent pas. 

Le soutien fraternel semble avoir été central pour l’auteur pour mettre un terme à ce cercle vicieux. Il s’offre ainsi une échappée de l’engrenage fou dans lequel il était pris.

Olivier Bourdeaut - Une histoire d'amour et de violence
Caroline Bernard – 6 rue Guépin – Nantes

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