L’addiction s’il vous plaît !
L’addiction s’il vous plaît : Terreur graphique ne boit plus d’alcool alors il dessine sa vie passée, pleine d’alcool.

L’alcool est arrivé tôt dans sa vie. Son père lui a transmis le gouffre. Terreur graphique a vu son père s’abîmer dans la boisson, il n’a pas voulu y glisser comme lui mais c’est comme ça qu’il a organisé sa vie.
Père alcoolique, violent, mère qui meurt très tôt et Terreur graphique rencontre la musique et le monde de la nuit. Il tente de jouer mais c’est la bouteille qui gagne.
Quand il pousse la porte du CSAPA (Centre de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie) de son secteur, il remarque des patients comme tout le monde mais surtout il rencontre le psychiatre addictologue auquel il peut s’identifier dans la mesure où leurs goûts musicaux concordent, se projeter, bref se raccrocher comme pour tenir l’abstinence.
Dans cette BD, il plonge dans son arbre « généalcoolique », et présente au lecteur un portrait peu engageant de son père. À travers son histoire c’est toute l’atmosphère qui incite à boire à chaque instant qu’il revisite.

Des lieux communs autour des « bienfaits » attendus de la consommation d’alcool pour tel organe : à chaque mal, son remède. Il est peut-être nécessaire de rappeler que l’alcool tue 49000 personnes par an en France.
À travers son récit j’ai entendu les paroles de « La nuit je mens » d’Alain Bashung autrement. Terreur graphique ne cache rien de ses errements, tentatives de désintoxication, rechutes et guide le lecteur dans son parcours chaotique.
Il revisite en même temps avec humour et désespérance la culture internet tout en parlant de lui et fait la liste de ses idoles avec moins de cécité qu’auparavant.


Il raconte son parcours jusqu’à l’abstinence, le moment où il lâche le chien par lequel il se représente et la rencontre avec ses enfants bien après leurs naissances.
Est-ce que tu m’aimes ?
Jacques André dans Les 100 mots de la psychanalyse (PUF Que sais-je ?) y a intégré une entrée addiction. Il y parle d’esclavage, d’exigence, de tyrannie et de dépendance :
« L’origine du mot évoque l’esclavage, celui d’un corps esclave d’une dette; avec cette particularité que l’esclave et le maître logent cette fois à la même enseigne. Boire, manger, fumer, planer, se défoncer… la liste des addictions menace de s’allonger à n’en plus finir pour se confondre avec celle des « habitudes morbides», quand il n’est plus possible de s’en défaire, même si elles coûtent ou détruisent. Plus rien, dans l’addiction, ne semble distinguer le désir du plus primitif des besoins. Mais le propre d’un besoin, quand il est vital, est d’être apaisé une fois satisfait; alors que la bouteille de l’alcoolique ou le tube digestif de la boulimique sont des puits sans fond.
L’addiction est plus une exigence qu’un besoin. Le sens premier d’ « exiger » est fiscal : demander impérativement ce qui est dû. L’exigence demande beaucoup, elle croît avec la satisfaction plus qu’elle ne s’apaise. Impossible à contenter, tyrannique, l’exigence fait que les désirs deviennent des ordres.
Quel est le donneur d’ordre ? Le corps, à première vue, à l’image de la cellule dans l’impatience de sa dose de nicotine. Mais au fond l’inconscient, (LIEN BLOG) ça, est le véritable maître des lieux, qu’il sue l’angoisse ou déborde d’excitation. Peut-être la première, la source de toutes les addictions est-elle la dépendance à autrui qui rend la présence de celui-ci aussi indispensable que toujours décevante, et qui fait répéter à n’en plus finir : « Est-ce que tu m’aimes ? Est-ce que tu m’aimes ?…» »

